À Propos

« La seule peinture qui m’aide à vivre, c’est celle que je fais, celle que j’ai à faire et que je ferai. Les deux actes jumeaux : écrire-peindre, sont mes deux poumons à respirer la vie. Si on m’en arrache un, j’étouffe, je tombe mort. Je suis, de plus, autodidacte, c’est-à-dire que j’ai tout appris seul. On ne m’a rien apporté en cadeaux, j’ai tout volé, et c’est à moi (je veux dire la culture pour créer). Ainsi, j’avance, un pas après l’autre, ni boiteux, ni bègue, ni borgne. Et quand j’aurai arraché mon œuvre au temps, au boulot, à la fatigue, et aux hommes, elle sera ce bloc “un”. Mais il ne faut pas s’écrouler avant, il faut que mon cheval tienne jusqu’au bout, que le blanc qui me tombe parfois sur les tempes ne me couvre pas de neige, que la détresse ne me couche pas dans le fossé, que la mort, cette salope, ne me tue pas dans le dos. Alors, comme ceux qui meurent un beau jour de récolte (les jours où chez nous on battait le blé dans l’or et la poussière) j’aurai achevé mon travail, sans finir mon amour. »

20 avril 1978.

Né à Versailles en 1931 d’une mère bretonne, cuisinière en maisons bourgeoises et d’un père ouvrier tapissier. Très tôt en nourrice (parents séparés, mère malade) puis en pension, il est envoyé en Bretagne pendant la guerre. Au retour, études secondaires au Lycée Hoche à Versailles où il aborde la Philosophie avec son professeur Fernand Langrand (élève d’Alain) qui va être déterminant dans le choix des études de Philosophie et avec lequel il restera en lien de filiation jusqu’à la fin de sa vie.

Dans les mêmes années, il est accueilli dans la famille de Paul Lemagny où il découvre la gravure. Il est alors appelé en Algérie. Au retour, année pratique de capes à Strasbourg où il s’inscrit en gravure à l’école des Beaux-Arts, puis premier poste d’enseignant à Joigny où, par l’intermédiaire d’une amie, il fait la connaissance de Louis Guilloux, immense tendresse et admiration pour l’homme et l’œuvre.

Il lui écrit : « votre œuvre, ou plutôt vos êtres, la vraie humilité sans triche, rayonnent en dedans, nous habitent par le cœur, avec tous ceux qu’on a aimés vivants, pas l’herbe d’oubli mais sur la margelle, la grande marée de trèfles vifs ».

Après dix années d’enseignement de la philosophie en Bourgogne puis en Bretagne, il passe, pour se rapprocher du noyau central de sa vie, la peinture, le Concours de Conservateur des Musées nationaux, en 1970. Il travaille alors au Musée National d’Art Moderne, au Palais de Tokyo, et prend ensuite, par passion du Sud, de Courbet et de la lumière d’ici, la charge du Musée de Montpellier, en 1973.

Xavier Dejean conservateur au musée Fabre

Il mettra beaucoup d’enthousiasme et d’énergie à ouvrir l’art au plus grand public possible.

Xavier Dejean conservateur au musée Fabre

Ici, en Languedoc, il rencontrera dans sa Tuilerie de Massane l’écrivain Joseph Delteil à qui il écrivait « Pour moi qui tiens pour rien l’écriture quand elle n’est pas payée comptant, appuyée fantastiquement au vrai d’une vie, je vous ai aimé à la première ligne volante — comme j’aime Mozart et comme j’y pense aux jours de misère ».

À travers tout, clandestinement, et jusqu’en juin 2004, il poursuivra les deux actes jumeaux, écrire-peindre, qui étaient, disait-il, ses deux poumons à respirer la vie.

Radio Clapas, 20 octobre 1988 (1 heure)